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domingo, 3 de enero de 2016

Fragmento l'identité de Milan Kundera



À la fin de ma visite à l’hôpital, il a commencé à raconter des souvenirs. Il m’a rappelé ce que j’ai dû dire quand j’avais seize ans. À ce moment, j’ai compris le seul sens de l’amitié telle qu’on la pratique aujourd’hui. L’amitié est indispensable à l’homme pour le bon fonctionnement de sa mémoire. Se souvenir de son passé, le porter toujours avec soi, c’est peut-être la condition nécessaire pour conserver, comme on dit, l’intégrité de son moi. Afin que le moi ne rétrécisse pas, afin qu’il garde son volume, il faut arroser les souvenirs comme des fleurs en pot et cet arrosage exige un contact régulier avec des témoins du passé, c’est-à-dire avec des amis. Ils sont notre miroir ; notre mémoire ; on n’exige rien d’eux, si ce n’est qu’ils astiquent de temps en temps ce miroir pour que l’on puisse s’y regarder.
[…]
J’aimais dire : entre la vérité et l’ami, je choisis toujours l’ami. Je le disais par provocation mais je le pensais sérieusement. Je sais aujourd’hui que cette maxime est archaïque. Elle pouvait être valable pour Achille, l’ami de Patrocle, pour les mousquetaires d’Alexandre Dumas, même pour Sancho qui était un vrai ami de son maitre, en dépit de tous leurs désaccords. Mais elle ne l’est plus pour nous. Je vais si loin dans mon pessimisme que je suis prêt aujourd’hui à préférer la vérité a l’amitié.

-         Milan Kundera (Brno, 1929)


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