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domingo, 3 de enero de 2016

Frangment III L'Identité, Milan Kundera



Le jour suivant elle est allée au cimetière (comme elle le fait au moins une fois par mois) et s’est arrêtée devant la tombe de son fils. Quand elle est là, elle parle toujours avec lui et ce jour-là, comme si elle avait besoin de s’expliquer, de se justifier, elle lui dit, mon chéri, mon chéri, ne pense pas que je ne t’aime pas ou que je ne t’ai pas aimé, mais c’est précisément parce que je t’ai aimé que je n’aurais pu devenir celle que je suis si tu étais toujours là. Il est impossible d’avoir un enfant et de mépriser le monde tel qu’il est, parce que c’est dans ce monde que nous l’avons envoyé. C’est à cause de l’enfant que nous nous attachons au monde, pensons à son avenir, participons volontiers à ses bruits, à ses agitations, prenons au sérieux son incurable bêtise. Par ta mort, tu m’as privée du plaisir d’être avec toi, mais en même temps tu m’as rendue libre. Libre dans mon face-à-face avec le monde que je n’aime pas. Et si je peux me permettre de ne pas l’aimer, c’est parce que tu n’es plus là. Mes pensées sombres ne peuvent plus t’apporter aucune malédiction. Je veux te dire maintenant, tant d’années après que tu m’as quittée, que j’ai compris ta mort comme un cadeau et que j’ai fini par l’accepter, ce terrible cadeau.

- Milan Kundera 


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